Petit rappel historique
Le XVe siècle dans le Comtat commence mal avec le grand schisme : trois papes revendiquent la direction de la papauté : deux en Italie et un à Avignon, et un Comtat
très endetté qui n’arrive pas à rembourser ses créanciers. L’idée est d’essayer de répartir cette dette à partir d’une nouvelle estime des biens des trois ordres, issue
d’un nouveau cadastre ce qui revient à réviser la taille . Un nouveau cadastre pour chaque
communauté est réalisé mais ne sera pas exploité tant l’harmonisation des
différents cadastres est difficile. Finalement en 1418 le recteur, représentant le Pape, répartira la taille entre les trois états : les nobles, le clergé et
les communautés .
Le cadastre de Cairanne au début du XVe siècle (1414)
Ghislaine Torrice-Chevrier a étudié le cadastre de Cairanne. Parmi les enseignements de cette
étude, on peut constater que plus de 75% des propriétés sont des terres labourables et seulement 17% des vignes et quelques rares jardins et prés. Il n’y aurait pas de
verger à Cairanne. Cela montre que les cultures de subsistance sont prioritaires à cette époque où dominent les cultures du blé, de l’orge et du froment.
Une soixantaine d’individus sont répertoriés dans l’inventaire, qu’ils soient propriétaires ou tenanciers, s’ajoutent quarante-deux maisons, ce qui indique un nombre d’habitants de
l’ordre de 200 personnes.
On peut penser que la démographie est sur une pente positive après les ravages de la peste noire de 1350. La population croît. Elle a déjà une église pour les choses spirituelles,
il lui faut un moulin à farine pour les choses temporelles.
Le premier moulin à farine (1439)
Construire un moulin à farine nécessite de trouver les bonnes conditions géologiques et hydrauliques. En 1439, la communauté achète un terrain pour construire le moulin à farine,
il est situé au lieu-dit « charlesum ». Où est ce lieu ? Une première réponse vient 260 ans plus tard ! Le cadastre de 1700 nomme plusieurs parcelles situées au lieu-dit le
moulinas entre le château de Gallifet et l’Aygues donc sur la rive droite de l’Aygues.
Le moulin pourrait être situé dans ce lieu-dit. Une seconde réponse vient 400 ans plus
tard. En 1833, un certain Mathieu dépose à la mairie de Cairanne une demande de construire un moulin à farine au lieu-dit le "Cabaret" proche de Gallifet donc au moulinas et
se propose de prolonger le canal et de prendre l’eau au-dessus de la prise de l’ancien moulin de Cairanne, ce qui entraîne une protestation du meunier Fabre dont le
moulin est situé sur l’autre rive .
Un nouveau moulin (1564)
Les autorités ecclésiastiques concèdent un impôt sur les prises d’eau. Dans le livre des concessions d’eau, on peut lire le 27 mai 1564 : béal du moulin à blé de Cairanne,
licence de prendre l’eau du moulin à farine de la commune de Cairanne pour arroser une gravière confrontant le chemin de
Saint-Roman-de-Malegarde .
Donc nous avons à cette date un nouveau moulin sur la rive gauche de l’Aygues. Qu’est devenu l’autre moulin sur la rive droite ? Nous n’avons pas la réponse !
Ce nouveau moulin va fonctionner jusqu’en… 1939 soit 400 ans !
Au XVIe siècle, il est banal c’est-à-dire appartient à la communauté qui le loue (le bail) et en retire des revenus.
Nouveaux troubles, adieu moulin banal
La position de Cairanne, poste de gué devient un enjeu entre catholiques et protestants. Dès 1563, Cairanne est pris par les protestants puis repris par les catholiques ;
même situation en 1581, le pays vit dans une grande insécurité, on ne semait plus, les récoltes étaient dévastées ce qui amena la disette et l’impossibilité de
rembourser les emprunts faites par la communauté de Cairanne . Aussi trouvons-nous en 1582
une procédure venue d’Avignon libellée en ces termes : « Sursis de huit
jours accordé à la communauté de Cairanne pour acquitter ce qu’elle doit à ses créanciers au moyen de la vent de
son moulin... » .
Adieu moulin banal !
La vente prendra 12 ans, le moulin est vendu à Anthoine de Simiane seigneur du présent lieu le 24 janvier 1596. Il faut dire que la peste se déclare à Cairanne et que
les protestants ont repris les hostilités jusqu’en mai 1589.
Le moulin à farine se trouve en friche.
Changement de propriétaires, le moulin redevient banal
En 1623, le 18 août Anthoine de Simiane vend le moulin à farine à Paul de Cambis. Celui-ci le revend à messiers les consuls et communauté du dit lieu de Cairanne en 1670.
Sans doute avec la paix revenue, la communauté a du retrouver une certaine aisance. Le moulin redevient banal il restera banal jusqu’à la Révolution.
Tout le long du XVIIIe siècle, la communauté aura beaucoup de soucis avec ce moulin car il faut le réparer souvent ce qui implique de multiples actes notariés de
prix-fait d’artisans.
De plus, il faut entretenir le canal d’arrivée d’eau qui passe le long des Hautes rives et qui est souvent obstrué ou démoli par des éboulis ou par des
débordements de l’Aygues .
La Révolution arrive, le moulin banal est saisi comme bien révolutionnaire.
À suivre
Gérard Coussot
|
 La « taille » ou « capage » (impôt direct par tête ou plutôt par
feu) perçue localement peut servir à la fois au financement de politiques municipales et au versement de la contribution comtadine. Elle est théoriquement due par les
trois ordres, contrairement au Royaume de France. Elle sera supprimée en 1740.
 Monique Zener, les trois États du Comtat Venaissin dans
la première moitié du XVe siècle. Une crise significative, Journal des savants, 1990.
 Ghislaine Torrice-Chevrier, Cairanne (1414) : une étude du cadastre, Mémoire de Master 2,
Université d’Avignon, 2020, dans le cadre d’un partenariat Université, mairie, association.
 Du latin « molina » moulin (dictionnaire Gaffiot).
 source : Association
En rouge, le lieu-dit le moulinas entre le château de Gallifet, encadré en bleu et l’Aygues où pourrait se situer le moulin de 1439. En violet, le moulin de 1564 qui existe toujours
(le gîte des peupliers). En vert, le "Cabaret". En noir, le pont sur l’Aygues, rajouté.
En jaune la zone des prises d’eau, l’ancienne prise d’eau A de 1439, la prise projetée G pour le moulin localisé au "Cabaret" en vert et au-dessus, la prise d’eau pour
les moulins de Sainte-Cécile.
 ADV, 7S1531.
 ADV B294.
 Alary.
 ADV, B546.
 Voir chroniques de janvier 2024 et février 2024,
Batailles pour l’eau à Cairanne.
Chronique de janvier 2024.
Chronique de février 2024.
 source : Association
Le "Cabaret" aujourd'hui sur la route de Sainte-Cécile
|