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de Cairanne (Vaucluse)

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La chronique d'octobre 2020

Nostalgies cairannaises (1)


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(Le titre, les intertitres et les notes sont de la rédaction)

Je pourrais raconter ce qui va suivre, car je suis le dernier témoin d’un petit groupe de bénévoles, en commençant par une chanson de Charles Aznavour : « Je me souviens du temps que les moins de vingt ans (ou cinquante ans) ne peuvent pas connaitre… »

Le vieux village
Le village est situé sur une colline et entouré de remparts qui comprenait comme accès à l’intérieur deux portes, la porte saint Roch du coté est du village et la porte Notre Dame des Excés. Ce mot excès est certainement un lapsus de celui qui a gravé ce nom dans la pierre de la chapelle car, vu son emplacement en haut d’une côte très pentue le nom de Notre Dame des accès serait plus approprié . À proximité de la porte saint Roch a été érigé une chapelle toujours en bon état construite à la suite d’un vœu fait par les habitants que si la peste n’atteignait pas Cairanne, en reconnaissance à saint Roch une chapelle serait construite. La peste ne dépassa pas Camaret-sur-Aygues. Ce fut un grand soulagement pour la population et les commerçants.
Il y avait un boulanger Auguste Fabre où habite actuellement la famille Bramand ; une épicerie où habite la famille Rossin; un café tenu par Edouard d’Albert qui était face au Sergent, le Sergent était une sorte de demi-lune où un guetteur du temps des seigneurs pouvait surveiller toute la plaine au sud du village. Et si le guetteur voyait un mouvement de troupe, la population était prévenue et l’on fermait les deux portes saint Roch et Notre Dame des Excès. La population était prête à soutenir le siège jusqu’à ce que l’ennemie se retire car le village fortifié n’était pas facile à conquérir, des soldats et des civils participaient à la défense du village.
La légende transmise de génération en génération prétendait qu’il avait été creusé deux tunnels pour que la population puisse aller se ravitailler, un qui allait vers les Plantades où parait-il il y avait un couvent de religieuses et un autre qui allait déboucher vers le domaine Gallifet. Ceci apporte la preuve qu’en ce temps la vie n’était pas un eldorado.


Le problème de l’eau
La guerre des seigneurs prit fin et la population commença à migrer dans la plaine car il n’y avait pas de source d’eau. Il fallait se ravitailler en eau à la source qui coulait sous la maison Godeffroy où plus tard habitait la famille Roger Grignan. Les personnes sensiblement de mon âge se souviennent d’Angelique Mancip, surnommée « Anjoum » qui habitait avec son frère Jules où habitent aujourd’hui Madame Gracia et son fils Richard. Angélique partait remplir le seau à la fontaine où il y avait également un lavoir couvert. Le seau une fois plein, « Anjoum » le mettait sur sa tête et les deux mains sur les hanches remontait tout doucement jusqu’à son domicile. L’eau était un bien précieux compte tenu du chemin à parcourir et de la pénibilité à remonter la pente, aussi pour ne point gaspiller on se servait d’une louche pour prendre l’eau dont on avait besoin.
Quelques années plus tard un puits fut creusé manuellement. Il fallait descendre à 45 mètres de profondeur. Imaginez un instant le travail pour creuser ce puits ! Ne connaissant pas encore les miracles de l’électricité, il fut mis sur le puits une sorte de carapace en fer avec de chaque côté une manivelle. À l’intérieur de cette carapace il y avait deux roues en fer avec une chaine à chaque roue munie d’un seau. Dans les années trente, étant jeune si parfois une personne plus ou moins âgée avait besoin d’eau, on tournait les manivelles un long moment et c’était presque un jeu de voir apparaitre le seau d’eau, un liquide si désireux à l’époque.
Puis vint le moment où le village fut électrifié, il fut construit dans la remise de l’ancienne mairie un réservoir d’une contenance importante et un robinet fut placé non loin du puits scellé dans le mur . Il fallait simplement appuyer sur la tête du robinet pour que l’eau coule.
Quel soulagement pour la population, finie la corvée de l’eau !


Le café d’Albert
La vie à cette époque était très dure. Les habitations étaient chauffées avec la cheminée et l’hiver s’il faisait trop froid, les hommes allaient au café jouer à la manille ou aux Dames car au café d’Albert il y avait un poêle rond qui chauffait très bien. Alors certaines femmes suivaient leurs maris où elles papotaient ou tricotaient bien au chaud après avoir bu le café.
Quant aux hommes, certains avaient le petit flacon de gnaule dans la poche, c’était le pousse café car rares étaient ceux qui pouvaient se payer le rhum ou autre digestif.
La fin de l’hiver arrivant, chacun reprenait ses occupations, il fallait bien élever la petite famille, en ces temps-là. Il n’y avait pas d’allocations familiales. Les gens étaient pauvres mais quand même heureux, il y avait l’amitié, l’entraide et bien d’autres qualités qui rendaient la vie plus facile au contraire d’aujourd’hui où l’argent, le progrès ont rendu les gens plus individualistes. Il est plus rare de retrouver les vrais valeurs de nos anciens mais que faire sinon subir le nouveau mode de vie, la télé, les vacances à la montagne, à la mer.


Le service militaire
Le temps est dépassé où certains prenaient le train pour la première fois pour se rendre à la caserne. Je vais vous raconter pourquoi les nouveaux arrivants à la caserne sont appelés les bleus, c’est que les appelés partant de la campagne arrivaient tous à la caserne avec la blouse bleue et ce mot de bleu est resté. Le bleu était un vêtement que l’on mettait par-dessus les vêtements qui descendait jusqu’aux genoux et que l’on réservait pour les sorties, les foires ou les marchés.


Raoul Fabre
Décédé en 2017
Summary :The author recalls some youth memories when neither running water nor electricity existed in the old village along with stories from life in those times : the café, military service…
En réalité, ce n’est pas un lapsus, le mot Excés vient du latin excessus qui se traduit par mort, c’est la chapelle des morts, située hors les murs .


Prés de Galuval .





Source : S.Robic
La fontaine et le lavoir dans les années 1930
Tableau de Charles Affre



« Anjoum remonte de la fontaine »
Dessin de Monique Durand-Charavin



Source : association
La borne et son robinet
remontés par l’association


En 1937, une pompe électrique est installée dans le puit qui remplit le réservoir. L’eau est alors distribuée à une borne munie d’un robinet située contre les remparts sud. La fiabilité de la pompe laisse à désirer : elle est en panne de 1940 à 1942, journal Le Ventoux, décembre 1942 .
Mise à jour : le 1 octobre 2020
webmaster : Gérard Jacques Coussot